Posté: Mar 13 Déc 2005, 22:38
mode homophique pure connerie reprise par les dj francais ca fait une méga connerie quand on connait les origines :
nulle trace d'homophobie dans le reggae classique ni dans les quelque 400 chansons écrites par Bob Marley. Il faut attendre les années 1990 et le titre de Buju Banton Boom Bye Bye pour voir exploser "l'homophobie jamaïcaine" : "Boom Bye Bye ina batty boy's head/Rude Boy no promote no nasty man/dem haffi dead/Send fi di matic an di Uzi instead, shoot dem... " (Boum bye bye dans la tête du pédé/Les rudes boys ne soutiennent pas les salauds/A mort les pédés (...) Faites passer l'automatique et l'Uzi/Abattez-les).
La réaction des lobbys gays des Etats-Unis et d'Angleterre stoppa net l'ascension de la chanson. Le jeune Buju (18 ans) tombait des nues. Qu'avait-il fait d'autre que citer le Lévitique (20, 13) ? Grandi dans la misère des ghettos de Kingston-Est, à peine alphabétisé, Buju Banton n'avait aucun autre repère moral que la Bible face à l'explosion de violence qui balayait son île depuis le milieu des années 1970. Il se réfugia auprès d'une secte rasta, les Emmanuelites (ou bobos). C'est de cette secte qu'allait sortir la vague des chanteurs homophobes, les Sizzla, les Capleton, ces rastas qui drapent leurs cheveux dans de hauts turbans. Puis, en 2001, c'était au tour d'un boys band, T.O.K., de sortir Chi Chi Man (la folle), qui allait devenir l'hymne de la campagne électorale d'Edward Seaga...
En 1980, Seaga, que l'on disait soutenu par la CIA, gagnait des élections dans un climat de violence inouï. Le rêve de Michael Manley d'engager la Jamaïque dans une troisième voie, indépendante à la fois des Etats-Unis et de Cuba, était réduit à néant. Les neuf années de pouvoir de Seaga furent marquées par la persécution des chanteurs de reggae conscious (conscient) et par la naissance du dancehall (ou ragga), tendance musicale qui abandonnait l'humanisme pour l'apologie du sexe et des armes.
En 1983, le dub-poet Michael Smith mourait lapidé, tandis que Max Romeo et des dizaines de chanteurs rastas se réfugiaient à l'étranger. En 1989, Manley était réélu, mais, atteint d'un cancer, laissait bientôt sa place à un jeune avocat, PJ Patterson, premier chef d'Etat noir de la Jamaïque.
La rumeur (jamais vérifiée...) disait Patterson homosexuel. C'est cette carte que Seaga allait jouer pour déconsidérer son adversaire, qui accède au pouvoir le 30 mars 1992 ; en juillet, Boom Bye Bye explose dans les charts. Pendant trois mandats, Seaga s'attachera à créer une vague homophobe à travers ces chanteurs. En 2002 encore, il utilise la chanson de T.O.K., Chi Chi Man, pour sa campagne électorale. Nul sur le plan électoral, l'effet sur la musique et les mentalités est terrible... A cela s'ajoutent l'essor du tourisme sexuel (qui n'est certes pas le lot exclusif des homosexuels) et les viols dans les prisons.
Comme la CIA, accusée aux Etats-Unis de favoriser la circulation du crack dans les ghettos noirs pour financer les "contras", Seaga a utilisé les gunmen (tueurs) politiques recyclés en posses (gangs) de la cocaïne. Le plus célèbre, le Shower Posse, à Miami, était dirigé par Jim Brown, ancien garde du corps de Seaga.
Lorsque le parti de Manley reprend le pouvoir en 1989, il emprisonne Jim Brown et tous les gunmen ennemis. Dans les prisons, tous les "top guns", les chefs, possèdent armes et portables. En prison, violer un jeune, ce n'est pas seulement profiter de lui : c'est assurer sa soumission, en s'arrangeant pour que tout le monde sache qu'il s'est "plié" ("bend" ), qu'il est un "pussy" (vagin, femmelette). Ainsi terrorisés, des jeunes tels que Buju réagissent par des chansons homophobes, sans relever que leurs bourreaux n'étaient pas homosexuels.
En Jamaïque, le plus efficace des médias est le sound systems. Dans les années 1980 et 1990, en plein boom de la cocaïne, un nouveau studio s'ouvrait tous les trois mois. Le public et les DJ se recrutaient parmi les jeunes des posse s, bourrés de dollars et vivant à 100 à l'heure. D'où la culture "bling bling", le culte des Lexus et des chaînes en or ; d'où aussi l'écho des prisons et la terreur des viols...
Le plus surprenant est la transformation du message rasta de fierté identitaire, respectueux des choix de chacun, en message homophobe. Alors que les fondateurs du mouvement rasta et ses leaders des années 1970 s'étaient frottés aux pensées rebelles du début du XXe siècle, les Emmanuelites sont une secte pauvre, illettrée, méprisée des autres rastas et du reste des Jamaïquains. Vivant sans eau ni électricité près de Kingston, marqués par la malnutrition, exclus des écoles à cause de leur coiffure, ils n'ont communiqué pendant vingt ans avec le monde "pollué" de Babylone que pour vendre des balais de jonc. A la mort de son fondateur, Prince Emmanuel, la secte s'est déchirée. Rita Marley, connue pour ses sympathies pro-Seaga, lui était venue en aide après un cyclone. Cette ancienne maîtresse de catéchisme ne pouvait que renchérir pour la condamnation des
homos...
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